Page:Godwin - Les Aventures de Caleb Williams, I (trad. Garnier).djvu/66

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


homme dont la figure avait le malheur de lui déplaire. Ainsi, le plaisir que les autres pouvaient trouver dans les nombreuses saillies de son imagination n’était jamais sans un mélange de crainte et sans quelques intermèdes orageux. On croira bien que son despotisme n’avait pu arriver jusqu’à cette hauteur, sans avoir éprouvé dans sa marche quelque opposition. Mais notre Antée rustique avait de haute lutte renversé tout ce qui s’était trouvé sur son passage ; au moyen de l’ascendant que lui donnaient sa fortune et la réputation qu’il s’était faite parmi ses voisins, il réduisait toujours son adversaire à la nécessité de lui abandonner le choix des armes, et quand il avait pris ses avantages, il ne le quittait plus sans lui avoir bien fait sentir, dans tous les sens possibles, la peine de sa présomption. On n’aurait pas enduré aussi patiemment la tyrannie de M. Tyrrel, si ses talens pour la parole ne fussent pas