Page:Goethe-Nerval - Faust 1828.djvu/21

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LE BOUFFON.

Oh ! la postérité !.... que cette idée est belle !....
Eh quoi ! si je voulais me réserver pour elle,
Qui saurait comme moi, par d’innocens plaisirs,
De nos contemporains amuser les loisirs ?
Et pourtant, dans ces lieux quand l’ennui les rassemble,
Ma présence, pour eux, est beaucoup, ce me semble ;
De leurs arrêts d’ailleurs qu’aurais-je à redouter ?
Pour le cercle est nombreux, mieux il sait écouter.
Pour vous, qui méritez de plus grands avantages,
À votre siècle aussi vous devez vos ouvrages ;
Il peut seul vous offrir un laurier assez beau,
Celui de l’avenir n’ornerait qu’un tombeau.
Allons ! en votre cœur, qui trop long-tems sommeille,
Que l’inspiration s’agite et se réveille,
L’esprit, le sentiment, mettez-nous tout en jeu,
Et la folie aussi, car il en faut un peu.

LE DIRECTEUR.

Surtout, de nos décors déployez la richesse,
Qu’un tableau varié dans le cadre se presse,
Offrez un univers aux spectateurs surpris.....
Pourquoi vient-on ? pour voir : on veut voir à tout prix.
Sachez donc par l’effet, conquérir leur estime,
Et vous serez pour eux un poète sublime.
Sur la masse, mon cher, la masse doit agir ;
D’après son goût, chacun voulant toujours choisir,
Trouve ce qu’il lui faut où la matière abonde,
Et qui donne beaucoup donne pour tout le monde.