Page:Goethe-Nerval - Faust 1828.djvu/20

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Quand, le long des poteaux, elle se presse et roule,
Qu’avec cris et tumulte elle vient au grand jour,
De nos bureaux étroits assiéger le pourtour,
Et que notre caissier, tout fier de sa recette,
A l’air d’un boulanger, dans un jour de disette.....
Mais qui peut opérer un miracle si doux ?
Un poète, mon cher,..... et je l’attends de vous.

LE POÈTE.

Ne me retracez point cette foule insensée,
Dont l’aspect m’épouvante, et glace ma pensée,
Ce tourbillon vulgaire, et rongé par l’ennui,
Qui, dans son monde oisif, nous entraîne avec lui ;
Tous ses honneurs n’ont rien qui puisse me séduire :
C’est loin de son séjour qu’il faudrait me conduire,
En des lieux où le ciel m’offre ses champs d’azur,
Où, pour mon cœur charmé, fleurisse un bonheur pur,
Où l’amour, l’amitié, par un souffle céleste,
De mes illusions raniment quelque reste.....
Ah ! c’est là qu’à ce cœur prompt à se consoler
Quelque chose de grand pourrait se révéler,
Car, les chants avortés à la bouche trop brûlante
Arrache quelquefois à la bouche tremblante,
Tantôt frappés de mort et tantôt couronnés,
Au gouffre de l’oubli sont toujours destinés :
Des accords moins brillans, fruits d’une longue veille,
De la postérité charmeraient mieux l’oreille ;
Ce qui s’accroît trop vite est bien près de périr,
Mais un laurier tardif grandit dans l’avenir.