Page:Goethe - Œuvres, trad. Porchat, tome IX.djvu/132

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matin ; vingt-quatre heures sont écoulées, un nouveau calcul commence, les cloches sonnent, on récite le bréviaire, la servante entre dans la chambre en tenant la lampe allumée et vous dit : Felicissima notic ! Ce moment change avec chaque saison, et l’homme, qui vit d’une vie véritable, n’est point déconcerté, parce que chacune de ses jouissances se rapporte,non pas à l’heure, mais au moment du jour. Si l’on imposait à ce peuple notre cadran, on le mettrait dans le plus grand embarras, car le sien est identilié avec sa manière d’être. Une heure ou une heure et demie avant la nuit, la noblesse commence à sortir en voiture. On traverse le Bra, en parcourant la longue et large rue, pour gagner la Porte-Neuve ; on passe la porte, on côtoie la ville ; dès qu’on entend sonner la cloche du soir, tout le monde revient. Les uns se rendent dans les églises pour réciter l’Ave Maria délia sera, les autres s’arrêtent sur le Bra ; les cavaliers s’approchent des voitures, s’entretiennent avec les dames et cela dure assez longtemps. Je n’ai jamais attendu la fin. Les piétons restent bien avant dans la nuit. Aujourd’hui, il est tombé tout juste assez de pluie pour abattre la poussière ; c’était, en vérité, une scène agréable et vive^j

Pour me familiariser sur un point important avec la coutume du pays, j’ai imaginé un moyen de me faire plus aisément à leur manière de compter les heures. La figure suivante en peut donner une idée. Le cercle intérieur indique nos vingtquatre heures, de minuit à minuit, partagées en deux fois douze heures, comme nous les comptons, et comme les indiquent nos horloges. Le cercle intermédiaire fait connaître comment les cloches sonnent dans la saison actuelle, savoir deux fois aussi jusqu’à douze en vingt-quatre heures, mais de telle sorte qu’il sonne ici une heure quand il sonnerait huit heures chez nous, et ainsi de suite jusqu’à douze. Le matin, à huit heures, selon notre cadran, il sonne ici derechef une heure, et ainsi de suite. Le cercle extérieur montre enfin comment on compte dans la vie jusqu’à vingt-quatre. J’entends, par exemple, sonner sept heures dans la nuit, et je sais qu’il est minuit à cinq heures, je soustrais ce nombre de sept, et j’ai deux heures après minuit. J’entends sonner sept heures pendant le jour et je sais qu’il est aussi midi à cinq heures : je procède de même