Page:Goethe - Œuvres, trad. Porchat, tome X.djvu/58

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sentit pressé irrésistiblement de le secourir. Nous nous retirâmes à l’arrière-plan, tandis qu’il s’informait exactement des circonstances. 11 se trouva que la jeune personne, habitante de Samognieux, ayant voulu fuir le danger en se retirant à l’écart chez des amis plus éloignés, s’était justement jetée dans la gueule du loup ; car, dans ces moments d’angoisse, l’homme croit qu’il sera mieux partout ailleurs que là où il est. Nous assurances tous, du ton le plus amical, à la jeune personne qu’elle ferait bien de s’en retourner. Notre commandant, qui avait d’abord soupçonné là-dessous un espionnage, se laissa enfin persuader par la chaude rhétorique de l’honnête officier, qui la ramena un peu rassurée, deux hussards à ses côtés, dans le lieu de son domicile. Nous y passâmes bientôt après, avec un ordre et une discipline irréprochables, et la belle, debout sur un petit mur au milieu des siens, nous salua gracieusement et pleine d’espérance, parce que la première aventure avait si bien fini.

Il se rencontre au milieu des expéditions militaires de pareilles pauses, pendant lesquelles on cherche à inspirer la confiance en observant momentanément une sévère discipline, et l’on établit une sorte de paix légale au milieu du désordre. Ces moments sont précieux pour les bourgeois et les paysans, et pour tout homme à qui les longues calamités de la guerre n’ont pas ravi encore toute croyance à l’humanité.

On établit un camp en deçà de Verdun, et l’on compta sur quelques jours de repos.

Le matin du 31, j’étais dans la dormeuse, la couche assurément la plus sèche, la plus chaude et la plus confortable ; j’étais à demi réveillé, lorsque j’entendis quelque bruit dans les rideaux de cuir, et, en les ouvrant, je vis le duc de Weimar qui me présentait un étranger inattendu. Je reconnus aussitôt l’aventureux Grothhus, qui, ne répugnant point à jouer encore ici son rôle de partisan, était arrivé pour se charger de la mission délicate de porter à Verdun une sommation. Il venait en conséquence demander à notre prince un trompettemajor. L’homme qu’on lui donna, fier d’une distinction si particulière, fut bientôt prêt à le suivre. Cette rencontre fut des plus gaies pour deux amis qui n’avaient pas oublié leurs an-