Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/126

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et ne savent jamais conclure. Laissons cela, mon cher neveu, suivez-moi et voyez un peu ce que je vais vous donner. Je viens justement de prendre deux petits pigeons tout jeunes et tout gras; c'est pour moi le plus délicieux de tous les mets; car ils sont faciles à digérer: on n'a qu'à les avaler. Et ces petits os, comme ils sont bons! ils fondent dans la bouche, c'est moitié lait, moitié sang. Cette nourriture légère me convient, et ma femme a le même goût que moi. Venez donc! elle nous recevra amicalement; mais qu'elle ignore pourquoi vous êtes venu. La moindre des choses lui tombe sur le cœur et la rend malade. Demain, je me rendrai à la cour avec vous; là, mon cher neveu, j'espère que vous me viendrez en aide, comme il convient entre bons parents.— Je mettrai volontiers ma fortune et ma vie à votre disposition,» dit le blaireau: et Reineke répondit: «Je ne l'oublierai pas. Si mes jours se prolongent, vous n'y perdrez point.» L'autre repartit: «Comparaissez bravement devant les seigneurs et défendez-vous de votre mieux: ils vous écouteront. Léopard a été d'avis qu'il ne fallait pas vous punir avant de vous avoir entendu; la reine a opiné de même. Remarquez bien cette circonstance et tâchez de l'utiliser.» Mais Reineke dit: «Soyez tranquille, tout cela s'arrangera. Le roi, si colère, se calmera quand il m'aura entendu; je m'en tirerai encore cette fois.» Et ils entrèrent tous les deux et furent gracieusement reçus par la dame de la maison; elle leur servait tout ce qu'elle avait. On partagea les pigeons; on les trouva délicieux; et chacun en savoura sa part. Ils ne se rassasiaient pas et ils en auraient certainement mangé une demi-douzaine, s'ils avaient su où les trouver.