Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/25

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cieuse. Mais attendez, vous verrez ce qu’il en retira. Le voiturier arrive et voit mon oncle dans l’ornière ; il tire vivement son couteau pour l’éventrer. Le prudent Reineke ne bouge pas plus que s’il était mort ; le voiturier le jette sur son chariot et se réjouit de sa trouvaille. Oui, voilà ce que mon oncle a osé pour Isengrin ! Tandis que la voiturier continuait sa route, Reineke jetait les poissons en bas ; Isengrin venait de loin tout à son aise et mangeait les poissons. Cette manière de voyager ne plut pas longtemps à Reineke. Il se leva, sauta à bas et vint demander sa part du butin ; mais Isengrin avait tout dévoré, et si bien, qu’il en pensa crever ; il n’avait laissé que les arêtes, qu’il offrit, du reste, à son ami.

Voici un autre tour que je veux aussi vous raconter : Reineke avait appris qu’il y avait chez un paysan un cochon gras, tué le jour même, pendu au clou ; il le dit fidèlement au loup. Ils partent ensemble pour partager loyalement le profit et les dangers ; mais la peine et le danger furent pour Reineke seul ; car il s’introduisit par la fenêtre et à grande peine jeta la proie commune au loup resté au dehors. Par malheur, il y avait là tout près des chiens qui flairèrent Reineke dans la maison et le houspillèrent d’importance ; il leur échappa tout blessé, alla bien vite trouver Isengrin, lui raconta ses malheurs et demanda sa part du butin. « Je t’ai gardé un délicieux morceau, lui dit celui-ci ; tu n’as qu’à t’y mettre et le bien ronger, tu m’en diras des nouvelles ! » Et il lui apporta le morceau : c’était le crochet en bois après lequel le paysan avait pendu le cochon ; le rôti tout entier, ce morceau de roi, avait été dévoré par le loup, aussi injuste que glouton. Reineke, suffoqué de colère, ne put rien dire ; mais ce qu’il pensait, vous le pensez bien vous-même. Sire, certainement le loup a fait plus de cent pareils tours à mon oncle ; mais je n’en parlerai pas.

Si Reineke est mandé devant vous, il saura bien mieux se défendre ; en attendant, très-gracieux roi et noble souverain, j’oserai