Page:Gogol HalperineKaminsky - Veillees de l Ukraine.djvu/83

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Insouciantes, sans même une joie enfantine, sans une étincelle de sympathie, celles que l’alcool seul poussait — semblables à un mécanicien qui force son automate inanimé à exécuter des gestes humains — balançaient doucement leur tête enivrée, dansonnaient avec la foule joyeuse sans même regarder le jeune couple.

Puis le bruit, les rires, les chants se firent de plus en plus bas. L’archet se mourait affaibli et perdant ses sons indistincts dans le vide de l’atmosphère. On entendit encore au loin un piétinement, quelque chose comme le murmure d’une mer lointaine. Tout enfin redevint désert et muet.

Ainsi la joie, belle et inconsciente hôtesse, s’envole de chez nous, et c’est en vain qu’une voix isolée pense exprimer la gaieté. Dans son propre écho, elle entend déjà la tristesse et la solitude, et elle écoute stupéfaite.

Ainsi les espiègles amis d’une jeunesse agitée et libre se perdent un à un et laissent finalement seul leur ancien frère. L’ennui s’étend sur l’abandonné, son cœur se serre et rien ne peut le consoler.