Page:Goncourt - Journal, t4, 1892.djvu/366

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— « Eh bien, il coursait les jeunes sœurs ! » — Et en disant cela, sa grosse gaîté la fait ressembler au diable d’une boîte à surprise. « Mais, Dieu merci, reprend-elle, notre ordre a été toujours intact et le restera… Alors nous nous sommes trouvées sur le pavé, mais là, si bien sur le pavé, que les gens de Troyes nous ont apporté des matelas, des meubles… »

Oui, il arrivait que la population ne voulait pas les laisser partir. A quelques années de là, les sœurs trouvaient des fonds, avec lesquelles elles achetaient un terrain, où elles faisaient bâtir une maison de 90 000 francs. Elles s’y logeaient, et recevaient vingt-quatre vieilles pensionnaires, dont l’utilité pour la communauté était surtout de faire l’apprentissage de gardes-malades des jeunes sœurs. Et c’est pour elle une occasion de tomber à bras raccourcis sur ces vieilles filles, sur ces vieilles dévotes, qui, dit-elle, prient tant Dieu de tuer le diable, et font pleurer, toute la journée, la sœur chargée de la cuisine.

Lundi 2 octobre. — Dans sa lenteur sourde, dans sa gravité recueillie, dans la solennité de ces pauses, où le regard appuie la parole dite, quelle grande voix dramatisée que celle des mourants ! C’était, ce matin, la voix de ma pauvre cousine.

Samedi 7 octobre. — Paris. Je reçois, ce soir, la nouvelle de la mort de ma chère cousine. Cette nouvelle