Page:Goncourt - Journal, t5, 1891.djvu/74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


n’y a absolument que l’action du travail qui me reste. »

La lettre écrite et cachetée, il s’écrie : « Je suis heureux comme un homme qui a fait une couillonnade ! Pourquoi ? Dites, le savez-vous ? »

Puis il me ramène au chemin de fer, et accoudé sur la traverse, où l’on fait queue pour prendre les billets, il me parle de son profond ennui, de son découragement de tout, de son aspiration à être mort, et mort sans métempsychose, sans survie, sans résurrection, à être à tout jamais dépouillé de son moi.

En l’entendant, il me semblait écouter mes pensées de tous les jours. Ah ! la belle désorganisation physique, que fait, même chez les plus forts, les plus solidement bâtis, la vie cérébrale. C’est positif, nous sommes tous malades, quasi fous, et tout préparés à le devenir complètement.

Vendredi 5 juillet. — Jollivet rappelait que l’affaire Baudin n’a fait que faire traverser la Seine à la popularité de Gambetta, mais que cette popularité existait déjà dans le quartier latin. Depuis des années, Gambetta était en renom, au café Procope, où les étudiants venaient le voir, et l’entendre donner la représentation des séances du corps législatif, avec une verve, une mimique, un cabotinage des plus amusants.