Page:Goncourt - Journal, t5, 1891.djvu/83

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d’un câlin inexprimable : « Viens un peu nous caresser dans notre lit, pour que nous nous endormions ! »

Mardi 13 août. — Je déjeune, à Munich avec de Ring, premier secrétaire d’ambassade à Vienne.

C’est lui, qui a été le cornac diplomatique de Jules Favre, à Ferrières. Il nous entretient de la naïveté de l’avocat, de la conviction qu’il avait de subjuguer Bismarck, avec le discours qu’il préparait sur le chemin. Il se vantait, l’innocent du Palais, de faire du Prussien, un adepte de la fraternité des peuples, en lui faisant luire, en récompense de sa modération, la popularité qu’il s’acquerrait près des générations futures, réunies dans un embrassement universel.

L’ironie du chancelier allemand souffla vite sur cette enfantine illusion.

Jeudi 15 août. — Dans une petite église d’ici, il y a un squelette, enfermé dans une gaze constellée de paillettes, fleurie de feuillages d’or à la façon d’un maillot de clown, un squelette qui a, dans le creux de ses orbites et le vide de ses yeux, deux topazes, un squelette, qui montre un râtelier de pierres précieuses : c’est le corps de « saint Alexandre », présenté à l’adoration des fidèles. Cette bijouterie de la relique