Page:Goncourt - Journal, t5, 1891.djvu/85

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en temps, un oiseau jetait un petit cri effrayé : c’était tout le bruit et toute la vie de cet endroit.

J’y ai vécu une heure, enlevé aux choses et aux idées de la terre, dans une griserie de grandiose, d’altitude, de sublime, d’oxygène.

Dimanche 19 août. — Ma parole, toutes les cervelles sont détraquées, et personne n’est plus logique en France.

J’entendais dire à l’abbé, précepteur des enfants, de Behaine, qui est un très honnête catholique, et accomplissant rigoureusement ses devoirs religieux, je lui entendais dire, que tout serait sauvé avec un pape révolutionnaire.

Samedi 14 août. — Hier soir, de Behaine nous a surpris, en disant : Tiens, il est minuit ! Jamais le petit salon du chalet n’avait vu pareille veille.

La conversation était tombée sur le roman. Mme de Behaine soutenait que les aventures extra-dramatiques des femmes du monde, peintes par Octave Feuillet, ne l’intéressaient pas, qu’elle lirait, avec bien plus d’intérêt, des études peignant d’après nature, les femmes des ménages européens, qu’elle avait côtoyés dans sa carrière diplomatique. Oui, lui dis-je, je comprends votre goût, et les romans que mon frère