Page:Goncourt - Journal, t5, 1891.djvu/89

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corps diplomatique, de mûres et fades créatures, à exclamations, à monosyllabes inintelligents, à travers le lappement d’une tasse de thé et la déglutition d’une sandwich.

Je plains le représentant de la France d’être réduit à ce rien, qui est maintenant le parti de la France.

Mardi 3 septembre. — En entrant au MUSÉE NATIONAL, on voit de l’escalier, par la porte ouverte d’une petite salle à gauche, une tête de diable, au milieu d’objets inconnus et inexplicables.

Je suis entré là dedans, et, regardant bien, je me suis senti froid dans le dos, devant toutes ces inventions de souffrance, devant tous ces instruments de torture, avec lesquels l’homme, pendant des siècles, férocisa la mort. Et mes yeux cherchaient, malgré moi, dans cette féronnerie cruelle, la rouille qui fut autrefois du sang.

Cette salle, cette chambre, est le musée le plus complet de glaives, de chevalets, de fauteuils capitonnés de pointes, de brodequins à vis, de poires d’angoisse, de toutes les imaginations d’une mécanique meurtrière, pour faire, savamment et diversement, souffrir la chair humaine.

Tout ce fer et tout cet acier du bourreau, est entremêlé de moins cruelles curiosités de la vieille justice. Il y a des chapeaux et des queues de grosse paille, qu’on faisait porter aux ribaudes ; des manteaux