Page:Goncourt - Journal, t9, 1896.djvu/247

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remarqué que le tableau de l’Anglais Orchardson, ayant pour titre « l’Énigme » et représentant, assis sur un canapé, une femme et un homme en costume de l’Empire, qui ont l’air de se bouder. C’est peint dans un délavage d’huile ambrée, où les couleurs ont quelque chose des couleurs amorties d’insectes, pris dans un morceau d’ambre, et des accessoires, si joliment enlevés d’une touche à la fois spirituelle et flottante.

Non vraiment, tout le grand art a l’air de déménager dans l’art industriel, et l’art industriel est tout l’intérêt de cette exposition. C’est de Ledru une cruche en étain d’un très grand format, dont l’anse est faite de l’accrochement des bras d’une naïade au bord du vase, et dont les jambes s’en vont dans l’air, à la dérive sur le dos d’un dauphin, tandis que dans le bas de la cruche, une autre naïade flotte au-dessus d’une vague, les mains enfoncées dans sa chevelure. Oh ! l’étain est tout à fait triomphant, et je crois que son emploi va avoir une action sur la sculpture, et forcer le marbre, la pierre, le bronze, à lutter avec le flou de cette matière.

C’est de Rispal, un médaillon en cire de couleur, représentant sainte Cécile, un médaillon d’un caractère artistiquement étrange, avec, sur un fond de brun rouge, sa tête de délicate Nubienne, et à travers le pétrissage de cette grasse matière, colorée fauvement, seulement le brillant de l’or d’un nimbe, l’éclair d’argent d’un ruban qui enferme sa chevelure.