Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/79

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Et puis que cil orent [F° 16 a] reison [1] enquise et aprise par leur grant estuide pour quoi touz li mondes estoit [2] faiz et compassez [3], si comme vous avez oÿ [4] ci devant, si penserent que bien pourroient [5] savoir raison d’aucunes choses, puis qu’il en avoient reison [6] du tout puissant de savoir en partie, au mains de celes que il pouoient [7] veoir aus ieulz, combien que il [8] fussent loing.

Ausi [9] voudrent il raison savoir de ce qu’il veoient mouvoir les estoiles du firmament et de ce que [F° 16 b] il reluisoient si cler ; et ce fu [10] ce qui les mist premierement en estuide d’enquerre la science que il ne savoient. Si sorent bien que il enquerroient plus tost des choses qu’il veoient que de celes dont il ne veoient nules. Et pour ce furent il esmuz [11] de savoir et d’enquerre ce qu’il orent veü par maintes foiz mouvoir le firmament [12] si en vouloient savoir la verité. Et distrent que moult bon faisoit savoir ce qu’il [13] plaisoit a Dieu, et savoir de ses naturels euvres [14], [F° 16 c] pour miex croire que il fust Diex touz puissanz. Car l’en ne puet savoir ne trouver nulles raisons de Dieu, fors que par ses euvres [15].

Li vrai [16] preudoume [17] ancien qui bien s’apenserent de ce, n’orent cure de nul autre avoir fors que d’aprendre la pure science. Il ne furent mie couvoiteus [18]. Si n’orent cure d’avoir amasser. Ainz en i ot moult de ceuls [19] qui s’aperçurent de leur avoir, comme sages [20] que il furent [21], que tant i por-[F° 16 d]roient penser aucunes foiz, ou pour garder le, ou pour metre [22] cure au despendre a mesure, ou pour assez d’autres besoingnes que cil ont qui volentiers amasent [23], si que leur avoir leur [24] peüst bien tolir le loisir d’aprendre [* 1]. Si s’en departoient en tele maniere que li uns le getoit en la [25] mer, li autre le clamoient quite, et s’en aloient ausi comme hermites. Et li autre le departoient [26] as povres. Et li autre le laissoient en tele [F° 17 a] maniere comme il leur estoit avis qu’il en [27] pensassent mains. Et n’en [28] retenoient seulement que pour leur user. Et voloient bien tenir [29] aucunes genz pour les servir [30], si qu’il ne les couvenist a nule chose [31] entendre fors qu’a aprendre [32] et a estudier. Si fesoient faire lor mesons [33] ensus de gent, ausi [34]

  1. — B : raison.
  2. — B : est.
  3. — A : compasset.
  4. — B : .
  5. — B : porroient.
  6. — B : raison.
  7. — B : pooient.
  8. — B : as ieux con bien qu’il...
  9. — B : aussi.
  10. — B : et fu ce...
  11. — B : esmeüz.
  12. — B : le firmament mouvoir.
  13. — B : ce qui.
  14. — B : œures.
  15. — B : œures.
  16. — B : vrais.
  17. — B : preudomme.
  18. — B : couveiteus.
  19. — B : cels.
  20. — B : sage.
  21. — A : furgent.
  22. — B : meitre.
  23. — B : ceuls ont qui voulentiers les amasent.
  24. — A : « leur » manque.
  25. — B : « la » manque.
  26. — B : despartoient.
  27. — B : i.
  28. — A : ne.
  29. — B : retenir.
  30. — B : gens pour els servir ; C : pour eulx servir.
  31. — B : s’il qui les convenist a nules choses.
  32. — B : fors que aprendre.
  33. — B : faisoient faire leur maisons.
  34. — B : aussi.
  1. * « Ainz... d’aprendre » : Il y eut beaucoup de ces sages qui s’aperçurent, à propos de leurs trésors, qu’ils perdaient tellement de temps à penser comment ils devraient faire pour les garder ou les dépenser avec mesure ou les rassembler, que ces trésors leur enlevaient le loisir de travailler.