Page:Gouges - Sera-t-il roi (1791).djvu/2

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j’ai pour moi la raiſon, les intérêts de ma Patrie menacée, & je la défendrai hautement aux yeux de tous ; je ſuis Royaliſte, oui, Meſſieurs, mais Royaliſte Patriote, Royaliſte Conſtitutionnelle, & lorſque j’ai preſſenti le danger du Roi, au milieu de ces trois Partis, lorſque dans une Séance Royale je le fais démettre de ſa Couronne, les deux factions alors s’élevèrent contre moi, contre mes écrits, ils crièrent à l’extravagance, à la folie, à l’audace : que j’avoîs d’eſprit & de prévoyance ! Alors, Meſſieurs, vous n’aviez pas décrété, ni pu prévoir quel ſeroit le Régent que vous pourriez nommer à l’héritier préſomptif, alors la Nation dans ſa ſageſſe auroit fait un choix digne d’elle. Le Roi abandonnant alors les rênes de l’État, ſe mettoit à couvert des ſéductions, confondoit les ennemis de la Patrie, & s’élevoit au-deſſus du Trône, & la Nation, pénétrée de cette démarche, auroit donné au Monarque le pouvoir indiſpenſable qui convient au Roi des François.

Pauvre Roi ! qu’es-tu devenu ? qu’as-tu fait ?

Le dernier des Citoyens a été plus maître que toi ; les vexations continuelles t’ont fait perdre peut-être l’équilibre de tes vertus ſi longtemps ſoutenues à travers les orages & les factions ; mais ta démarche eſt celle d’un hypocrite ou celle d’un fauſſaire : ſi je te juge comme Roi comptable envers la Nation, ton départ eſt un délit ; ſi je te conſidère comme homme ſéduit, tu n’as pu te garantir de ce poiſon perfide ; & quel eſt l’homme qui peut ſe dire : je n’errai point une fois dans la vie ; mais un Roi, m’objectera-t-on ne doit jamais errer : certes, il eſt aiſé de condamner ;… mais d’être parfait, jamais l’homme ne montra moins de perfection que dans ce temps de lumière & de philoſophie. Ne croyez pas, Meſſieurs, que je prétende juſtifier le Roi ; je ne ſuis pas un Briſſot de Varville, pour balancer mon opinion, qui semble devenir générale, tant l’eſprit de la