Page:Gouges - Testament (1793).djvu/11

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
(11)

esprit aux fanatiques, ma religion aux athées, ma gaité franche aux femmes sur le retour et tous les pauvres débris qui me restent d’une fortune honnête, à mon héritier naturel, à mon fils, s’il me survit.

Quant à mes pièces de théâtre, en manuscrits, on en trouvera quelques centaines, je les donne à la comédie française ; si par son art magique et sublime, elle croit, après ma mort, mes productions dignes de figurer sur son théâtre, c’est assez lui prouver que je rends justice à son talent inimitable. J’aurois voulu, avant ma mort, laisser un extrait d’une vie bien intéressante, par la bizarrerie de mon étoile, depuis ma naissance ; mais si le sort a destiné à mes jours une fin prompte et glorieuse, je laisserai à deviner aux hommes sensibles, s’il en est encore, ce que peut avoir éprouvé une victime du fanatisme, qui avait des droits à la fortune et au nom d’un père célèbre.

Français, voici mes dernières paroles, écoutez-moi dans cet écrit, et descendez dans le fond de votre cœur : y reconnaissez-vous les vertus sévères et le désintéressement des républicains ? Répondez : qui de vous ou de moi chérit et sert le mieux la patrie ? Vous êtes presque tous de mauvaise foi. Vous ne voulez ni la liberté ni la parfaite égalité.