Page:Gouraud - Dieu et patrie, paru dans La Croix, 1897.djvu/127

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Le Kronprihz honora même son ami Hartfeld d’une visite pendant la saison des chasses. Il eut avec lui un long entretien mystérieux, duquel le comte sortit fort préoocupé, ce qui n’échappa pas à son entourage, ët provoqua cette question de Michelle :

« On dirait que le prince vous a jeté sur les épaules un lourd fardeau ; Hans, donnez-moi ma moitié ?

— Le prince m’a demandé de me rendre à Paris en mission diplomatique.

— Et cela vous chagrine ?

— Le sujet de la mission me chagrine oui, je le vois peu compatible avec mon caractère.

— Qu’est-ce donc ?

— Une attitude d’observation plutôt que d’action. Regarder plutôt que dire.

— Je ne comprends pas du tout.

— Moi j’en saisis le sens des choses dites à mots couverts. Je crains que de graves événements se préparent, j’y serai mêlé forcément par mon rang dans l’armée, mais je voudrais m’en tenir là.

— Vous n’aimez pas la diplomatie ?

— Le mot est souvent synonyme de dissimulation pour ne pas dire plus. Et me rendre avec vous cet hiver à Paris, y vivre, y recevoir, écouter et répéter, me semble hors de mon cadre.

— Oh ! fit Michelle, toute rouge de comprendre, Hans, refusez, refusez vite, c’est une honte qu’on vous propose ! »

Il courba le front.

« C’est une des nécessités de la guerre. Elle est souvent de ruse plutôt que de bravoure.

— Vous n’avez pas accepté ?

— J’ai demandé à réfléchir, ne voulant pas chez moi froisser mon hôte ; mais j’ai une