Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/162

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la force des reins est la base de tout : il faut promettre des merveilles de solidité et l’idée de durée, de l’éternelle durée, s’éveille aussitôt. Celui qui donne cette impression ne trouve pas d’inhumaines et celui qui la transforme en belles et bonnes sensations, aux heures d’échéance, n’a pas à craindre l’infidélité. Ah ! vous êtes heureux, Moscowitch, hercule !

— Vous parlez, fit le Russe, comme si je devais feindre, mais cette passion, à la fois idéale et physique, je l’éprouve vraiment et si je dis que je souffre je ne mentirai pas.

— « Tant mieux, car la sincérité est une puissante thaumaturge, mais vous pourriez ne rien dire et par pudeur dissimuler vos souffrances : je vous offre seulement le moyen de ne pas souffrir, de ne pas aimer inutilement. Ah ! les amours inutiles, les décevantes tortures du vain désir : larmes, bon grain semé en des sables !

— « Oui, reprit Moscowitch, tous ceux qui pleurent ne sont pas consolés, je vous remercie et je vous comprends. Vous avez, vous aussi, la religion de la souffrance humaine. »

« Moi ? » faillit s’écrier railleusement Hubert. Mais pourquoi blesser ce mystique humanitaire ? Il répondit simplement :

— « La douleur est inévitable, mais loin d’être mauvaise, elle est l’honneur même de l’humanité et la suprême raison de l’existence. Nous souffrons afin d’être moins laids, afin que dans la vulgarité de notre chair animale, il y ait une illusion d’esthétique. Les