Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/273

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— Oh ! continua Hubert, les casuistes que les sots méprisent, furent de profonds analystes de la nature humaine. Ils ont fait à l’amour des concessions que les modernes malthusiens trouvent extrêmes, les hypocrites ! et en cela se manifeste leur sagesse et une merveilleuse intuition des besoins physiologiques ; il n’est pas un baiser que ne concède à la tristesse de la chair la dédaigneuse audace de Liguori ; rien ne l’étonne et il ne frappe que de vénialité les assouvissements les plus complexes, pourvu que la dignité de l’acte soit consacrée par sa finalité suprême.

Calixte était trop spontané pour se soucier de la casuistique.

— La destinée, dit-il à Hubert, aurait dû te faire moine dans un couvent espagnol, au XVIe siècle.

— Eh ! fit Hubert, j’aurais, avec la grâce de Dieu, écrit de beaux in-folios.

— Mais tu vis dans le monde, en un siècle peu porté à la procréation, et si tu pratiques des théories…

— Tu sais bien, interrompit Hubert, que, pratiquement, je suis abstème, et il ne faut pas tenir compte des accidents. Hé ! je ne détesterais pas d’avoir quelque progéniture. Si la vie était meilleure, ce serait permis ; si elle était bonne, ce serait un strict commandement. Mais j’ai la conscience de ma misère et cela sauvera de l’existence les générations qui seraient sorties de moi. Tu connais mon principe ? Il est court, strict et je le voudrais universel : Pas d’enfants.

Renaudeau et André de Passavant s’approchèrent.