Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/277

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de votre nom, qui fut dédié, toujours en abrégé, à M. Sabas Moscowitch…

— Ah ! cet amusement d’une après-midi pluvieuse ?… Mon passé ne vous est donc plus sacré ?

— Il m’effraie. Ce que j’ignore me déroute… Je veux savoir.

— Mais qu’avez-vous donc à me crucifier ainsi ? Et de quel droit, de telles questions ? Vous n’êtes bon qu’à me faire souffrir dans mon âme et dans ma chair. Laissez-moi ou je vous dirai des choses cruelles…

— Je puis les entendre.

— Non, décidément, je suis lasse, ah ! que je suis lasse !

Et ses yeux répétaient l’aveu de ses lèvres.

— Mais, continua-t-elle, faisons quelque trêve, je veux m’amuser, je veux oublier en des excitations purement nerveuses l’état de lutte où je me débats et m’en défatiguer. Laissez-moi à mes valseurs et venez demain. Je suis très troublée. Venez avec confiance : nul n’a près de moi autant de privilèges que vous, Hubert, mais songez à tout ce que peut faire une seconde, une seule brève seconde… Voici M. de Fortier qui me réclame… À demain !

Alors, au lieu de rejoindre ses amis, il s’en alla, se faufilant parmi les groupes, regardant, écoutant.

Une fillette, maigre et laide, malgré de grands yeux noirs, se mélancolisait seule sur sa chaise : la fantaisie lui vint d’amuser cette enfant. Il s’inclina devant elle et la toute jeune fille, sans souci de l’étiquette, se laissa enlever dans ces bras inconnus. La valse faisait battre vite son petit cœur, ses joues pâles se