Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/276

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des lettres de rappel ? Songez que plus que tout autre je m’intéresse à un dénouement où je n’aurai pas été étranger. Calixte, mon ami, fais donc à M. Moscowitch un commentaire du trente-quatrième chapitre de Stendhal. Mme Magne a, je pense, un mot à me dire, et je cours vers elle. »

Il venait d’apercevoir Sixtine visiblement ennuyée par les compliments d’un sot.

« Au moins, songeait-il, elle me saura gré de l’avoir délivrée. »

Moscowitch écouta patiemment Calixte dont l’amusant discours sur la discrétion lui semblait, cependant, une raillerie concertée. Durant ce supplice, Hubert essayait de reprendre avec Sixtine sa causerie interrompue. Mais elle était distraite et presque méditative. Hubert lui contait la poésie de son désir et elle le regardait, n’ayant pas l’air de l’entendre. Jouant avec son carnet de bal, elle dit :

— Vous n’avez pas même eu l’idée de vous inscrire ici et je ne m’appartiens plus. Ceux qui m’ont requise vont, à chacun leur rang, venir me réclamer les minutes promises, et tenez, il est complet.

Hubert prit le petit carnet et lut les noms inscrits :

— Eh bien, sacrifiez-moi l’un de ces personnages, par exemple le Russe, cela me serait spécialement agréable.

— Non, dit Sixtine, cela ne se peut pas.

— Je vois que vous tenez à l’homme, plus encore qu’à son portrait ?

— Quel portrait ?

— Celui qui fut signé d’initiales où se devinent l’abrégé