Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/69

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peu à l’aventure. Ces teintes se mêlent et s’entremêlent à l’infini et la vue même peut à peine les définir par immédiate comparaison ; cela est si vrai que, vous le savez bien, on ne peut pas réassortir des cheveux. Ne serait-il pas amusant d’ordonner une classification des caractères de femme sous le vocable des nuances de leurs cheveux ? Il suffirait de déterminer le ton exact pour se prononcer sur le caractère, les facultés passionnelles, le penchant à l’amitié ou à l’amour, le sentiment du devoir, la tendresse maternelle, etc. Les somnambules, qui se servent de ce principe sans méthode et sans préalables études, arrivent parfois à de curieuses révélations. Dans cinq ou six cents ans, cette science sera faite, et ceux qui la posséderont en perfection, au vu d’une mèche de cheveux, détermineront le caractère de l’homme, et sauront comment il faut le prendre pour le dompter. Mais les sots, les ignorants, échappent toujours au pouvoir de l’intelligence ; ils acquerront la facile ruse de se faire raser le crâne, et prouveront ainsi une fois de plus l’inutilité de toute science et la vanité de l’esprit.

— « Appliquez-moi la science de demain, quelle est la couleur de mon âme ? demanda Sixtine, ramenant à soi, comme toutes les femmes, les moindres idées générales.

— « Blond changeant, blond flamme, ou, si vous voulez, en décomposant la nuance, fauve, cendre et or. Fauve c’est la sauvagerie, cendre, le nonchaloir, or, la passion. Votre horoscope viendrait ainsi : Femme partagée entre le désir de s’enchaîner à une