Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/106

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volupté, vous connaissez celle de la grâce et de la tendresse. Je méprise vos philosophies, qui ne sont que d’adroites constructions intellectuelles, je n’ai jamais pu mépriser vos légendes et vos superstitions, politesse traditionnelle que votre esprit fait à votre sensibilité. Mais ceci est le champ réservé aux exercices du peuple, des enfants et des femmes timorées. Il n’y a de nobles créatures humaines que celles qui s’adorent elles-mêmes et qui s’étudient à tirer de leur nature tout le vain bonheur qui y est contenu. Vain, mais réel, et seule réalité. Savoir que l’on n’a qu’une vie et qu’elle est limitée ! Il est une heure, et une seule, pour vendanger la vigne ; le matin, le raisin est âpre ; le soir, il est trop sucré. Ne perdez vos jours ni à pleurer vers le passé, ni à pleurer vers l’avenir. Vivez vos heures, vivez vos minutes. Les joies sont