Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/130

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pendant un instant, l’emporta sur mon désir, mais la vue du ventre pur, conque de nacre fleurie d’or, me jeta à genoux dans un délire sacré et des baisers fous entr’ouvrirent le calice de la fleur bientôt toute épanouie, bientôt toute respirée. Nous fûmes heureux dans le même instant ; mon transport m’avait élevé au sommet d’une si haute montagne que j’en avais le vertige et que ma tête tourna. Quand je me retrouvai mourant dans les bras de ma mourante amie, il me parut que j’avais revêtu une dignité nouvelle etque la résurrection qui m’arrachait à une délicieuse mort me faisait entrer dans une vie plus précieuse.

Mon amie, revêtue de sa robe et son chapeau de fleurs sur ses cheveux rattachés, cueillait des branches de lilas. Je me levai pour venir à son secours, car une gerbe énorme emplissait déjà ses bras blancs : elle me la