Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/142

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tant de siècles à scruter en vain des phénomènes dont vous ne percevez que les reflets brisés dans une mer agitée par les tempêtes de votre imagination,

La vie des dieux, mon ami, diffère de la vôtre surtout en ceci qu’elle est pour eux sans finalité. Nos actes se suffisent à eux-mêmes et nous ne cherchons pas leur justification dans de proches ou lointaines conséquences. La misère de votre activité, c’est qu’elle prévoit le repos. Notre but est dans l’acte ; votre but est dans les suites de l’acte. Mais comme le bonheur est dans l’acte, vous passez à côté et quand vous vous reposez, c’est dans la fatigue et dans l’ennui. Pour nous, vivre, c’est agir, et agir, c’est être heureux. Plutôt peut-être que des surhommes, nous sommes des animaux supérieurs : l’intuition nous sert d’instinct et si nous connaissons parfois le