Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/145

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heureux que des joies aux malheureux. C’est que nous avons en grand mépris le désordre intellectuel et le déséquilibre de la sensibilité : or, le malheur est produit par ces deux troubles ou par l’un d’eux. Oui n’est maître ni de ses nerfs ni de sa pensée ne nous semble pas très digne de pitié. Le secours d’ailleurs lui serait inutile. Les consolations ne lui seraient que ce bref rayon de soleil qui passe entre deux nuages d’orage que le vent a séparés un instant. Et puis, nous n’y pouvons rien. Soumis, comme vous, au destin, nous contemplons le mouvement éternel des choses, d’un œil plus perspicace, mais aussi impuissant à en détourner le cours.

Pourtant je ne suis pas impitoyable. Le mal physique me navre, et c’est précisément celui qui échappe tout entier à mon pouvoir, celui qui est sans remède. La vie se dévore