Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/147

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


océans fermente et se gonfle de vie autour des pôles magnétiques. Ce qui naît se dresse infatigablement contre ce qui est né. La douleur de vivre, c’est la conscience obscure de se sentir mourir.

Mais quand je vois l’humanité disparaître, c’est d’abord à la manière des fourmis et des abeilles et de toutes les animalités jadis intelligentes et créatrices, maintenant réduites à la vie machinale. Vous deviendrez pareils à des horloges merveilleuses. Votre complexité mathématique fera l’admiration des intelligences qui auront succédé à la vôtre. Leur activité multiple et contradictoire s’arrêtera parfois, frappée de surprise, à contempler la sûreté de vos mouvements et vous serez encore l’un des termes, non plus le même, du problème émouvant de l’intelligence et de l’instinct.

J’ai pensé aussi quelquefois qu’il se ferait