Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/153

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On y peut trouver l’ivresse, mais non point le bonheur. Or, le bonheur est la grande affaire. Il faut être heureux. Bornons-nous donc à affirmer que le monde n’est point gouverné par une intelligence infinie à la fois et consciente. Faute d’un autre mot, restons-en à l’idée de hasard, comme au temps de mon cher Épicure. On n’a rien trouvé de plus beau, ni de plus clair, rien qui satisfasse mieux l’esprit d’un homme ou l’esprit d’un dieu. Cela revient à dire : ce qui est, est. Cette proposition simple n’admet aucune objection ; elle défie tous les sophismes et tous les artifices. L’idée de Dieu n’est que l’ombre de l’homme projetée dans l’infini. Servez-vous de ce mot comme réfutation suprême et vous trouverez peu d’esprits capables d’en débrouiller le sens, ou seulement d’en goûter l’ironie.

Je ne vous parle pas du dieu des nourri-