Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/154

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ces, des petits enfants pas sages et des bons ouvriers. On s’amuse parfois à raconter ma survenue sur la terre et l’on me voit, en ces pauvres récits, buvant du vin bleu, bavarder avec les ménagères, encourager les grèves, chanter l’internationale, blâmer les robes de soie, les fourrures et les gants blancs. J’apparais aux populations émerveillées tel qu’un jocrisse éméché et bon diable, cependant qu’à ma vue les hommes civilisés s’enfuient à toutes jambes, cédant la place à la canaille. L’idéal divin des prêtres ne diffère pas beaucoup de celui-là et, après tout, si j’avais à choisir, j’aimerais autant peut-être la compagnie des ouvriers que celle des séminaristes. Mais je ne me suis jamais communiqué à de si humbles appétits, et d’ailleurs je ne suis pas Dieu, je ne suis qu’un dieu. C’est pourquoi je ris de la confusion des catéchismes, des