Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/74

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Après quelques instants d’un silence qui augmentait ma vie il parla.

LUI

Si je suis venu parfois visiter les hommes, c’est pour l’amour de leurs femmes. Non pas que, pareil aux dieux dont les poètes écrivirent l’histoire, je désire des embrassements multipliés. Je viens, moins pour aimer que pour me laisser aimer. J’appartiens à celles qui veulent me conquérir et je me fais pour leur cœur l’homme idéal que la terre leur refuse.

Car vous avez créé la femme, vous, les hommes, et vous êtes restés inférieurs à votre création. Vous n’avez même pas su acquérir les dons qui eussent achevé le miracle, et vos amours sont toujours boiteuses. Vous prenez