Page:Graetz - Histoire des Juifs, A. Lévy, tome 3.djvu/202

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descendre des païens qui, après la prise de Jérusalem, ont déshonoré les jeunes filles de Sion ? » — Juda était tenu en très haute estime par les Juifs de la Babylonie aussi bien que par ceux du dehors, et, après la mort de Huna, il fut nommé chef de l’académie de Sora (297). Son autorité fut même reconnue en Judée. Il exerça ses fonctions avec une rigoureuse impartialité ; ainsi, il ne craignit pas, un jour, d’excommunier un membre influent de l’académie, contre lequel avaient été dirigées certaines accusations. Cet homme étant venu le voir pendant sa maladie, Juda lui dit : « Je suis fier d’avoir eu le courage de te punir, sans égard pour ta haute situation. » Après être resté pendant deux ans à la tête de la metibta, il mourut dans un âge très avancé.

Juda eut pour successeur un vieillard de quatre-vingts ans, Hasda, de Kafri (217-309). Ce docteur était un disciple de Rab, pour lequel il éprouvait une profonde vénération. Il recueillit fidèlement toutes les opinions émises par Rab, il promit même une récompense à quiconque pourrait lui citer une seule décision de son « illustre maître, » dont il n’eût pas connaissance. Hasda fut considéré comme le plus heureux des amoraïm. Issu d’une famille très pauvre, il acquit une telle fortune qu’elle devint proverbiale. Il vit célébrer soixante mariages dans sa famille, et, pendant sa vie, il n’eut la douleur de perdre aucun de ses parents. Quoiqu’il eût fréquenté l’école de Huna, sa méthode d’enseignement se rapprochait de celle de Juda ; il se distingua surtout par sa dialectique subtile. Son savoir était supérieur à celui de Huna, et il le fit sentir un jour à son collègue, ce qui amena dans leurs relations une tension qui subsista pendant plusieurs années. C’est probablement à la suite de ce désaccord que Hasda quitta Sora pour retourner à Kafri, mais il s’y sentit seul et abandonné. Un jour que le Conseil de l’école de Sora le consultait sur une question difficile, il répondit tristement : « Pourquoi ramasse-t-on maintenant le bois vert ? on croit donc trouver un trésor dessous ! » Pendant que Huna dirigeait encore l’académie de Sora, Hasda fit élever à ses propres frais une école dans cette ville (293) ; il ne continua pas moins à considérer Huna comme la seule autorité religieuse de la ville et s’abstint de statuer sur aucun cas. Nommé, après la mort de Juda, chef de l’aca-