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SOUDAN

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Sansandig à Nyamina, une partie des Bambara du Beledougou, le Bakhounou, le Kaarta ; ses citadelles méridionales étaient Koniakary (près de Médine), Koundian sur le Bafing et Mourgoula. — A Dinguiray régnait A guibou, un autre fils d’El-Hadj Omar, celui-là allié fidèle de la France. — Sur le haut Niger avait surgi un nouveau conquérant, Samory, de race mandé ; après avoir conquis Saninkoro et le Ouassoulou, il se rendit maître de Kankan (1880), et, converti à l’Islam , s’appuyant sur les marabouts Qadriya, donna pour capitale à son royaume la ville de Bissandougou. Il se heurta aux Français dans le Manding, dont le N.O., avec la ville de Niagassola, se ralliait à nous, tandis que l’E., avec Kangaba, obéissait à Samory. En 1882, Borgnis-Desbordes arrive trop tard pour sauver la ville de Keniéra, mais il établit un fort à Bammako, sur le Niger (1883) ; la destruction de Mourgoula (1883) assure la prépondérance française dans le Baoulé et supprime l’influence d’Ahmadou au S. du Sénégal. Les Tidianes étant ainsi refoulés au N.E., on les laisse aux prises avec les soulèvements des Bambara fétichistes pour concentrer les efforts contre Samory ; Combes bâtit le fort de Niagassola qui couvre la vallée du Bakhoy (1885) et organise le pays. Frey et Gallieni triomphent de l’insurrection de Mahmadou Lamine (1886-87) et battent autour de Niagassola les forces de Samory. Gallieni annexe pacifiquement le Fouta-Djallon et obtient de Samory le traité du 23 mars 1887, cédant à la France la rive gauche du Niger jusqu’au Tinkisso et plaçant le reste de ses Etats sous notre protectorat ; un poste est installée Siguiri, au confluent du Niger et du Tinkisso.

Alors a lieu la mémorable expédition du capitaine Binger ; parti de Bammako, il traverse les Etats de Samory (1887) et se rend à Sikasso, auprès de Tiéba, rival de Samory, appuyé sur les Tidjaniya, qui, parti du Kénédougou, avait enlevé à Samory le Ouaghadougou et organisé une armée régulière sur le modèle des sofas de Ségou ; l’horreur qu’inspiraient les cruautés de Samory lui valut de nombreuses adhésions ; il battit les armées de son rival en 1886 et l’emporta dans une lutte de plusieurs mois poursuivie autour de Sikasso (1888). A ce moment, il demanda et obtint le protectorat de la France. Binger, qui avait préporé ce résultat, avait poursuivi sa route par Kong, Bondoukou qu’il plaçait sous notre protectorat, visité le Mossi et finalement descendu la Comoé jusqu’à Grand-Bassam, reliant nos possessions du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ahmadou, effrayé des progrès de la France, acceptait à son tour son protectorat (12 mai 1887). Le Soudan occidental était français. Mais il fallut combattre pour consolider ces conquêtes. Samory négociait avec les Anglais et dénonçait le traité d’ailleurs violé par les incursions de ses sofas ; le commandant Archinard franchit le Niger et occupe Kankan, puis Bissandougou que vient d’évacuer Samory après l’avoir incendiée (1891) ; Sanankoro est pris en 1892. Combes ferme à notre ennem l’accès du Sierra-Leone ; les conventions du 10 août 1889, du 20 juin 1891 et du 21 janv. 1895 délimitent de ce côté la frontière anglaise arrêtée à la ligne du partage des eaux entre le Niger et les fleuves côtiers. La même règle fut admise dans le traité du 8 déc. 1892 qui délimita la frontière avec la république de Libéria. Béfugié à Kong, Samory en est délogé par le lieutenant-colonel Audéoud, traqué dans la forêt et finalement capturé le 29 sept. 1898. Cinq mois avant, le fils de Tiéba, devenu hostile à la France, était tué dans la prise de sa capitale Sikasso, enlevée d’assaut par Audéoud (1 er mai 1898). Le Kénédougou était annexé comme le Ouassoulou. Il en avait été de même des Etats d’Ahmadou ; il avait annexé le Macina après avoir empoisonné soh cousin Tidiani et repris la lutte contre la France. Archinard la mena rapidement, prit Koundian le 18 févr. 1889, Ségou le 6 avr. 1890, Koniakary le 16 juin, Nioro le 1 er janv. 1891. Djenné, l’ancienne capitale musulmane du Niger, etBandiagara en avr. 1893. On établit roi ou fama du Macina le frère d’Ahmadou, notre allié Aguibou, dont l’apanage de Dinguiray est annexé : les Toucouleurs du Fouta sénégalais y sont renvoyés. Ahmadou se retire dans le désert oii il est réduit au rôle de chef religieux. Le 10 janv. 1891’, le colonel Bonnier occupe Timbouctou ; une attaque des Touareg contre la flottille du Niger avait provoqué cette occupation ; Bonnier périt avec son état-major, victime d’une surprise des Touareg, mais Timbouctou est conservé ; le colonel Joffre la fortifie, occupe Goundam, fermant aux Touareg le Killi et le Kissou ; de sanglantes représailles sont venues à bout de l’hostilité des Touareg, vaincus par le colonel Klobb à Bamba, au coude du Bouroum, etc. (1897-98) ; le Niger fut garni d’une série de postes à Bomba, Tosaye, Gogo, Zinder, etc ; les Touareg du S. du fleuve, domptés en 1899.

L’extension du Soudan français vers l’E. se heurta à des difficultés diplomatiques ; la colonie anglaise du Niger, les colonies anglaises de la Côte d’Or et de Lagos, la colonie allemande du Togo, revendiquaient comme hinterland les régions à travers lesquelles nous nous avancions partant du Sénégal ou du Dahomey (V. ce mot). Un traité hâtif et insuffisamment étudié reconnut le 5 mars 1890 aux Anglais le protectorat du Sokoto et de ses dépendances, parmi lesquelles on dut ranger le Bornou et le Gando ; il fut convenu que la limite septentrionale de la sphère d’influence anglaise serait une ligne tirée de Saï sur le Niger, à Barroua sur le lac Tchad. Mais rien ne fut arrêté pour la vaste région de la boucle du Niger, et en 1 894 le nègre anglais Fergusson tenta de placer le Mossi sous le protectorat britannique. Le commandant Destenave, résident de Bandiagara, marcha vers l’E., signa des traités de protectorat avec le sultan du Yatenga, à Ouahigouya, avec le chef de Dori et établit notre suprématie sur le Liptako et le Yaga et avança jusqu’à Saï où il mit garnison ; le lieutenant Voulet défit le sultan de Yako et s’empara de Ouaghadougou (1 er sept. 1896), capitale du Mossi, où il remplaça le sultan par son frère ; puis il soumit le Gourounsi avec le lieutenant Chanoine et opéra sa jonction avec le capitaine Baud qui avait soumis le hinterland du Dahomey. La jonction des colonies françaises étant ainsi consommée, des traités de délimitation ont été conclus ; fixant la frontière avec la colonie anglaise de la Côte de l’Or (10 août 1889, 12 juil. 1894 et 14 juin 1898), le long de laVolta noire, puis suivant le 11° lat. N. ; avec le Togo allemand, le long de la Volta orientale et du 11° lat. N. (approximativement). Enfin les traités du 14 juin 1898 et du 21 mars 1897 ont réglé la frontière vis-à-vis de la Nigeria anglaise.

L’occupation du Sahel saharien auN. de la ligne de Saï à Barroua fut confiée à la mission Voulet-Chanoine qui, après la révolte et la mort de ses chefs, fut continuée par Pallier et Joalland, rejoints par la mission Foureau-Lamy à Zinder (1899). Ils soumirent au N. du lac Tchad le Kanem et opérèrent dans le Baghirmi leur jonction avec Gentil venu par le Congo sur le Chari. Ces trois expéditions françaises venues des trois points de l’horizon vainquirent et tuèrent à Kousseri le conquérant du Bornou, Babah. Cet exploit clôt brillamment l’épopée de la conquête française du Soudan. Les limites orientales de cet empire colonial ont été définies par la convention franco-anglaise du 21 mars 1899, attribuant à la France le Ouadaietles oasis sahariennes jusqu’au Tibbesti. La grande entreprise conçue par Faidherbe, poursuivie par Borgnis-Desbordes, Gallieni et Archinard a été ainsi menée à terme. Les armées françaises ont apporté aux Soudanais pillés et égorgés depuis des siècles par les marchands d’esclaves et les conquérants musulmans l’inappréciable bienfait de la paix. Elles ont créé une redoutable armée coloniale formée des tirailleurs sénégalais et soudanais et ouvert à la civilisation un vaste domaine. Il s’agit de le mettre en valeur. On a pu dès maintenant lui donner une organisation régulière par le décret du 17 oct. 1899.

Réorganisation ni’ Soudan français. — Ce décret a cou-