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SOUDAN

sommé ce qu’on a appelé la dislocation du Soudan français, la répartition de ses territoires entre un certain nombre de grandes colonies. Si la conquête avait exigé la concentration des forces, l’exploitation économique se fera mieux par la multiplicité des initiatives. On est parti de cette idée que les régions soudanaises, régions intérieures, ont des débouchés naturels différents, selon qu’elles sont plus ou moins voisines de telle ou telle zone cotière. A chacune des quatre colonies françaises riveraines de l’Atlantique a donc été attribué le hinterland dont elle est le débouché normal. Au Dahomey, les pays au S. du 13" lat. N., cantons de Djenuaré, Djongoré, Folmongani, Botou, le territoire de Saï et Nebba du Liptako. A la Côte de l’Ivoire, les cercles d’Odjenné, Kong, Bouna et généralement les bassins supérieurs de la Comoé, du Bandama, de la Sassandra. A la Guinée française, le haut bassin du Niger, cercles de Diuguiray, Siguiri, Kouroussa, Kankan, Kissidougou et Beyla. Au Sénégal les cercles de Kayes, Bafoulabé, Kita, Satadougou, Bammako, Ségou, Djenné, Nioro, Goumbou, Sokolo, c.-à-d. les pays du haut fleuve et du moyen Niger, l’ancien royaume d’Ahmadou ; et de plus le cercle de Bongouni (Ouassoulou oriental). Dans ces pays pacifiés, chaque colonie pousse son chemin de fer de pénétration , de Kotonou vers le lias Niger en amont des rapides ; de Bingerville vers Kong ; de Konakry vers Kouroussa sur le haut Niger ; de Kayes vers Banmako et le moyen Niger. — Les territoires "de l’intérieur de la boucle du Niger et ceux du Nord, plus récemment annexés et limitrophes des belliqueux Touareg, restent sous l’autorité militaire et forment comme deux marches protégeant les quatre colonies : au N., le territoire militaire de Timbouctou (V. ce mot) comprenant les cercles ou résidences de Timbouctou, Soumpi, Goundara, Bandiagara. Ouahigouia, Dori. c.-à-d. le Marina, le Yatenga, le Liptako, le Sonrhaï et les cantons touareg. On lui a rattaché provisoirement les pays à TE. du Niger, le Djtrma, le Damerghou et Zinder. Au S. de ce territoire est celui du Mossi (ch.-l. Ouaghadougou) comprenant en outre le Gourounsi, le pays des Bobos, le Kénédougou, soit les cercles ou résidences de San, Kouri, Ouaghadougou, Sikasso. Bobo-Dioulassou, Diébougou et Léo. L’ensemble de ces six divisions administratives, quatre colonies et deux marches militaires forment le gouvernement général de l’Afrique occidentale, dont le centre demeure la capitale du Sénégal, Saint-Louis. Observons que le Soudan, s’il disparait de la nomenclature administrative, conserve une existence budgétaire ; en effet, les budgets des territoires militaires ajoutés aux recettes et dépenses « des cercles de l’ancienne colonie du Soudan français rattachés au Sénégal forment un budget autonome » arrêté par le gouverneur général en conseil privé. Celui-ci est représenté à Kayes par un délégué. Les limites de cette région politique du Sénégal-Soudan sont indécises vers le N. ; on admet que le Sénégal, avec les protectorats maures, a 400.000 kil. q. et 1.200.000 hab. ; le Soudan sénégalais et les territoires militaires, 830.000 kil. q. et 3.400.000 hab.

Géographie économique. — Nous traiterons ici du Sénégal Soudan tel qu’il vient d’être défini. C’est un pays agricole on les terres argilo-sableuses sont favorables au sorgho (gros mil) et au cotonnier, les sables silico-calcaires à l’arachide, au petit mil et au manioc, les terres ferrugineuses (latérite) aux bois ; elles sont très fertiles lorsque leur argile ferrugineuse se mélange de sable. La culture la plus répandue est celle du sorgho, base de l’alimentation des indigènes ; dans les terrains inondés de la vallée du Niger pousse spontanément le bourgou, graminée saccharifère. Le riz et le maïs réussissent bien ; le manioc se répand au Sénégal. L’arachide (Arachis hypogea) est la plante industrielle, surtout cultivée au Cayor, près du chemin de fer de Dakar à Saintl, ouis. Le ricin, abondant dans le haut pays, n’est pas cultivé. Le cotonnier croît à l’état spontané, mais est peu cultivé ; de même l’indigo. Le tabac est cultivé dans les vallées du Niger et du Bani. — Les forêts très étendues peuvent donner des bois de construction et d’ébénisterie, mais on en tire surtout la gomme ; on commence à récolter et même à planter le caoutchouc. — Les animaux domestiques sont : le cheval au Sénégal (race du fleuve, analogue au barbe, taille de l m ,45, et race Mhayar de 1"’,35) etdans le Sahel ; le bœuf à bosse (gobra) qui sert pour le portage et la viande (poids moyen, 300 à 400 kilogr. ; rendement en viande nette, 120 à 180 kilogr.) et le bœuf sans bosse, beaucoup plus petit, qui, du Fouta-Djallon, s’est répandu dans le Sénégal ; ânes nombreux, rustiques et vigoureux, malgré leur petite taille, partout répandus ; chameaux dans la zone septentrionale, appartenant généralement aux Maures et hivernant au N. du Sénégal ; moutons de 70 à 80 centim. , dépourvus de laine ; chèvres très petites (0 m ,50 à m ,70) ; quantité de volatiles, pintades, poulets, canards.

L’industrie est peu développée ; quelques établissements européens existent au Sénégal, à Saint-Louis : usine à glace, briqueterie, éclairage électrique. Les industries indigènes sont exercées par des artisans locaux : forgerons et bijoutiers ; tisserands employant le vieux métier à manche ; cordonniers qui savent bien colorer le cuir ; la poterie est confiée aux femmes ; le travail du bois est surtout exécuté par les Laobés, race particulière disséminée parmi les autres. — On signale des gites aurifères dans toute la région du haut Sénégal et du haut Niger ; ils sont exploités sur la Falémé, au Bouri, au Kipirsi (à l’E. de Ouaghadougou), etc. Le cuivre n’est pas exploité, quoique assez abondant au Boundou et au Bambouk ; le fer, très abondant dans le haut Sénégal, est exploité par les indigènes. On a vu du mercure à Sénoudébou et Faramana, du sulfure d’antimoine près de Bakel, etc. — Les voies de communication sont les rivières, malheureusement coupées de rapides, les pistes larges de 8 à 10 m. et dont le Sénégal entretient 3.600 kil., les sentiers indigènes. Le commerce se fait par caravanes de chameaux ou de bourriquots jusqu’aux comptoirs du Sénégal ou de la côte, ou, 1 par eau sur des boutres et des pirogues. Les paiements se font en numéraire. Les tarifs douaniers sont réglés par un décret du 2 déc. 4890 dans un sens libéral ; toutefois, les marchandises importées par caravane (excepté la gomme et la guinée française) sont frappées à l’entrée des territoires du haut Sénégal et des territoires militaires d’une taxe du dixième en nature, appelée oussourou et produisant en moyenne 400.000 fr. par an. Le mouvement commercial du Sénégal accuse les chiffres suivants :

1880

1899

de France

9.140.0(50

36.260.028

eu France

1889 13.651.349

1899 17.466.912

IMPORTATIONS

de l’étranger

13.841.920

16.175.282

EXPORTATIONS

à l’étranger

2.172.580

6.241.372

totales

22.981.980

52.435.310

totales

15.823.929

23.708.284

Pour le Soudan français, la valeur totale des exportations n’atteignait en 1896 que 4.341.709 fr., dont 2.i27.000 fr. pour l’extérieur, le reste étant consommé auSénégal ; lesimportationssechiffraientpar5.672.000 fr. non compris les produits sénégalais par la Guinée et, toulours en négligeant les échanges intercoloniaux, il sortait 1.143.000 fr. de marchandises, et il entrait 718.000 fr. La valeur totale des importations était de 13.409.000 fr. non comprises celles pour le compte de l’Etat. Le plus ancien article d’échange est la gomme dont la valeur varie de fr. 80 à 1 fr. le kilogr.. ayant baissé de moitié depuis un siècle. Les quantités exportées étaient, en 1789 et années suivantes, de 700.000 kilogr. environ,