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EN RACONTANT

les vivres furent disposées de manière à ce que personne ne pût y toucher sans être aussitôt vu par les autres. Puis, on adopta un règlement pour leur distribution. Chacun eut droit à quatre onces de colle par jour, et on fit en sorte que deux livres de viande de renard pussent servir au repas quotidien de 17 hommes ! Une fois la semaine, une cuillérée à bouche de pois venait rompre la monotonie de cette cuisine, et en vérité, dit le P. Crespel, c’était le meilleur de nos diners. Les exercices du corps devinrent obligatoires. Léger, Basile et le P. Crespel allaient couper des fagots et faire du bois ; d’autres transportaient l’approvisionnement aux cabanes ; les troisièmes traçaient et entretenaient la route qui menait à la forêt. Au milieu de toutes ces occupations, les épreuves ne faisaient guère défaut. La vermine rongeait ces malheureux qui n’avaient qu’un change pour tous vêtements ; la fumée des huttes et les éblouissantes blancheurs de la neige donnaient à la plupart de douloureuses ophtalmies, et la mauvaise nourriture jointe à l’eau de neige avait engendré la constipation et la diabète sans faire pour cela ployer d’un cran l’énergie de ces hommes de fer.

« Le 24 décembre, le P. Crespel fit dégeler quelques gouttes de vin : la Noël approchait et il se préparait à dire la messe de minuit. Elle fut célébrée sans pompe, ni ornements, dans la plus grande