Page:Grillet - Les ancêtres du violon et du violoncelle, 1901,T1.djvu/154

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trels, citée si souvent dans les anciennes poésies, devait être l’ancien crouth, dont le nom était altéré[1].

Coussemaker, qui partage l’opinion émise par Bottée de Toulmont, estime que rote dérive de chrotta, mot germanique dont on a supprimé le signe d’aspiration ch, comme on l’a fait dans beaucoup de noms ayant la même origine, et démontre de la façon suivante que la rote et la chifonie n’étaient pas le même instrument :

« Ce n’est pas en effet, dit-il, de rota ou de rotare que vient le nom de rote, mais de chrotta, instrument de musique des peuples du Nord, vraisemblablement le plus ancien des instruments à archet. S’il restait quelque doute à cet égard, il devrait disparaître devant les citations suivantes puisées dans les poésies du Moyen Âge, et choisies de façon à prouver, de la manière la moins équivoque, que la rote n’était ni la vielle de nos jours, appelée alors symphonie ou chifonie, ni la vièle d’alors. On lit dans le Roman de Brut :

De vièle sol et de rote ;
De gighe sot, de symphonie.

« Dans le Roman d’Athis et dans celui de Vace, on trouve :

Et ciphones et vielles
Rotes et harpes et muselles.

· · · · · · · · · · · · · · · · ·

Rote, harpe, vielle et gigue et cifonie[2]. »

Voilà donc un fait acquis, le mot rote ne s’employait pas pour désigner la vielle à roue ; et il nous paraît assez logique d’admettre que les poètes continuaient à donner, par imitation, le nom de rote à la plus grande des vièles, qui n’était qu’un crouth à manche dégagé, et cela parce qu’on la tenait de la même façon que l’instrument primitif pour la jouer. Ainsi, on disait indifféremment dans notre vieux langage :

  1. Bottée de Toulmont. Dissertation sur les instruments de musique employés au moyen âge.
  2. Essai sur les instruments, ouvrage déjà cité.