Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/111

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L’Émancipation d’une âme

De Lantagnac fut élu député de Russell, sans subir l’épreuve du scrutin. Tous les candidats s’effacèrent devant le redoutable concurrent. Quand il rentra chez lui, huit jours plus tard, l’attitude de Maud eut de quoi le surprendre agréablement. Il s’attendait à une bouderie, à une scène, voire à quelque chose de pire. Maud se montra d’une correction parfaite. Elle se garda bien de féliciter le nouvel élu. Elle parut même goûter assez peu la joie expansive de Virginia qui sauta au cou de son père et le tint longuement embrassé. Mais enfin elle demeura dans la correction et Lantagnac s’en trouva charmé. Maud avait senti autour d’elle qu’une rupture si prompte serait maladroite. Le vieux Davis Fletcher s’était vite racolé à une autre combinaison où son vénérable rond-de-cuir retrouvait son essentielle sérénité. Acculé à l’inévitable, l’instinct pratique de l’Anglo-saxon avait, comme toujours, cherché le moyen de s’en accommoder. Le vieillard s’était dit :

— Lantagnac a du talent ; il en a même beaucoup. Indépendant, il fera peur au ministère qui fera tout pour se l’attacher. En somme il