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L’APPEL DE LA RACE

perd pour mieux gagner, pour gagner plus vite. L’indépendance et le talent ne sont-ce pas les grands chemins qui mènent aux honneurs ? Cela se voit souvent.

Ainsi avait parlé à sa fille Maud, le père Davis Fletcher. Et il avait ajouté :

— Au surplus, Lantagnac est député au parlement fédéral. La question française, tu sais, c’est à Toronto qu’elle se discute, pas ici. En définitive que fera ton mari pour ceux de sa race ? Il présidera de petites réunions, des congrès peut-être : autant de choses inoffensives. Du reste, tous ses amis, tout son monde est encore parmi les nôtres. Et ce milieu-là l’empêchera toujours de faire des sottises. Non, ma fille, il faut se garder de rien brusquer. Le temps arrange bien des choses. Et si ce Lantagnac devenait puissant, entrait dans le cabinet… Peut-on savoir ? Ma succession serait assurée à quelqu’un des nôtres, à ton fils William, peut-être.

Maud avait promis de patienter et d’être prudente. Au fond, les paroles de son père ne l’avaient qu’à demi rassurée. Sa clairvoyance de femme qui se doublait ici de la clairvoyance du péril, lui faisait tout craindre de la sincérité trop absolue de Jules. Cet esprit tout de logique et de loyauté n’irait-il pas plutôt jusqu’au bout de ses convictions ? Et qui arrêterait la volonté de l’homme sur la route où l’aurait engagé un devoir clair ?