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L’ÉMANCIPATION D’UNE ÂME

Dans les premiers temps le député de Russell parut confirmer, au moins partiellement, les prévisions du vieux Fletcher. Lantagnac avait compris que l’autorité, dans les milieux parlementaires comme ailleurs, ne se confère qu’à la compétence. Rudement il s’était remis au travail. Il étudiait tout pour pouvoir parler de tout. Il se familiarisait avec les questions de finance où il avait vite noté l’infériorité de la députation française. Convaincu, en outre, que la puissance intellectuelle tient moins à la superficie des connaissances qu’à la vigueur créatrice de l’esprit, il s’adonnait en même temps à de fortes études de culture générale. À ce laïc avide des plus hautes lumières, rien ne faisait peur, ni la philosophie ni même la théologie.

— Encore un peu, lui disait un jour le Père Fabien, en lui remettant un volume des commentaires du R. P. Pègues sur saint Thomas, encore un peu et vous allez emporter toute ma bibliothèque chez vous.

Intelligent, de belle race saine, Lantagnac profitait, comme disait Renan de lui-même, de toute la vie cérébrale économisée par six générations de laboureurs. Ces premiers mois de sa vie parlementaire furent, sans conteste, la période la plus active de la vie du député. L’un des plus assidus aux séances de la Chambre, de temps à autre, quand il se sentait maître d’un sujet, il prenait la parole. Dans cette atmosphère si différente de celle du tribunal, il s’exerçait à