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L’ÉMANCIPATION D’UNE ÂME

Souvent le pauvre père s’est redit cette parole impitoyable, se demandant, plein d’angoisse, jusqu’à quel point le drame familial enveloppait et agitait ses fils et ses filles. Entre eux le fossé se creusait-il vraiment aussi profond que le disait leur mère ? Les vacances feraient-elles entendre, aux fondements de la maison, ces coups qui, avec le temps, en disperseraient les pierres ?

Sur ce, Noël arriva. Le collégien du Loyola et l’étudiant de Laval reparurent à la rue Wilbrod. Wolfred, toujours énigmatique, parlait peu de son séjour à Montréal. Il semblait qu’il se fût fait une consigne de ne rien dévoiler de ses impressions. Nul n’eut pu surprendre, non plus, sur le problème de sa famille, la pensée secrète de ce grand jeune homme aux traits bruns, énergiques, qui répondait par des questions aux réponses qu’on attendait de lui, et dont les yeux très fixes, très droits, gardaient cependant on ne savait trop quel voile impénétrable. William lui, restait toujours le même, esprit buté et bilieux. À mesure que le cadet avançait en âge, les traits saxons s’accusaient plus fortement dans la figure et par tout le corps du long adolescent. La barre du front se faisait plus raide, la moue des lèvres plus arrogante ; presque toujours on le voyait s’en aller, la nuque cambrée, les poings à demi-fermés, à l’allure d’un joueur de rugby. Au reste, pendant ses vacances, le collégien du Loyola affecta de se tenir aussi souvent chez son parrain William Duffin, qu’à la maison paternelle.