Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
150
L'APPEL DE LA RACE

politique, et la mort dans le déshonneur. Sa promesse solennelle aux électeurs de Russell lui revenait en mémoire à toute heure du jour : — « Si vous m’envoyez au parlement, s’était-il écrié devant eux, je ne m’engage qu’à une chose mais j’y mets ma parole de gentilhomme : je serai avant tout le défenseur de vos droits scolaires ». Cette promesse, il se rappelait l’avoir promenée d’un bout à l’autre du comté, et, il le savait encore : son élection n’avait tenu qu’à la foi de cet engagement. Or, le moment pouvait-il mieux se prêter au rachat de sa parole ? L’heure était grave au plus haut point. Si, lui, le défenseur attitré de la minorité ontarienne au parlement, se taisait, pouvait-on demander aux autres de parler ? Il se rappelait ce dernier soir où il rentrait à sa maison. Au moment d’ouvrir la petite barrière de son parterre, il avait aperçu qui s’en venait vers lui, sur le trottoir, Sir Wilfrid Laurier, dont la demeure était là, tout près, sur l’avenue voisine. Le vieux chef libéral lui avait dit en lui tendant la main, avec sa belle aisance aristocratique :

— Eh bien, mon cher de Lantagnac, nous allons donc combattre sous le même drapeau ! Croyez que j’en suis très honoré.

Et le grand vieillard avait passé. Lantagnac avait bredouillé, il ne savait trop ni quelle réponse, ni quelle excuse. Et pendant que lentement il rentrait chez lui, il regardait s’éloigner la haute silhouette olympienne, déjà triste comme un arbre