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L'APPEL DE LA RACE


Quoi donc ! N’était-ce pas trop déjà que ses meilleurs amis parussent douter de son courage ? Quel autre sens pouvait-il donner aux paroles du président Genest, cet après-midi de l’hiver dernier, lors de la manifestation des enfants ? Pourquoi cet avertissement si longtemps à l’avance, sinon pour préparer de longue main un homme dont les chefs, évidemment, se sentaient moins que sûrs ?

Un après-midi qu’enfermé dans son cabinet de travail, Lantagnac reprenait, pour la centième fois peut-être, l’angoissante alternative, il entendit s’ouvrir et se fermer le portillon de l’enclos du parterre. Son cabinet situé au deuxième étage donnait sur la rue. Il se pencha vers sa fenêtre ouverte et aperçut William Duffin qui s’en allait sur le trottoir, visiblement affairé.

— Tiens, se dit-il, le beau-frère qui vient de machiner encore quelque sape.

Lantagnac exprimait là beaucoup plus qu’un pressentiment. Depuis quelques jours, il le savait, Duffin voyait Maud fréquemment. Il avait avec elle, dans un coin du grand salon, de longs entretiens. Quels plans, quels projets nouveaux hantaient à ce moment l’esprit de l’Irlandais ? Lantagnac se le demandait, non sans beaucoup d’inquiétude. N’était-ce pas une conviction pour lui que la présence de Duffin quelque part faisait pressentir une sournoiserie comme sa gaine fait deviner le poignard ?