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PRÉPARATIFS DE BATAILLE

Duffin qui se donnait depuis quelque temps, auprès du vieux Davis, comme le soutien et surtout le conseiller de Maud, avait réussi à se faire investir par les Fletcher d’une sorte de direction souveraine des affaires familiales. Il en donnait sa parole, il y engageait même sa réputation d’habileté : autour de son beau-frère il ourdirait de si enveloppantes et subtiles intrigues, qu’il l’empêcherait de parler le 11 mai et peut-être même de paraître à la Chambre. Or, précisément, puisque le moment approchait de mettre la dernière main à ses machinations, Duffin s’était présenté tout-à-l’heure chez Maud, croyant Jules à son étude de la rue Elgin. Maud l’avait reçu, comme toujours, au grand salon. Et Duffin, plus insinuant, plus obséquieux que jamais, avait commencé :

— Eh ! bien, ma pauvre amie, a-t-on meilleur espoir aujourd’hui ? Se sent-on plus réconfortée ?

— Hélas ! soupira Maud, très abattue, bien loin de là. Je me débats toujours dans la même angoisse. Jules ne me dit rien de sa décision. Je ne sais quelle elle est. De mon côté, je n’ose non plus aborder le sujet avec lui. Et pourtant nous voilà au 30 avril ; nous n’avons plus que douze jours.

— Ainsi, reprit Duffin, vous croyez Jules bien définitivement gagné aux idées françaises ? Aucun espoir de retour de ce côté-là ?