Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/162

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
162
L’APPEL DE LA RACE

pense, au barreau d’Ottawa, et qu’enfin, si les vingt mille piastres sont une trop forte somme, on peut parlementer avec moi.

— Entendu, entendu ! Quel cerveau clair que le vôtre, mon cher Duffin, s’écria Rogerson, emphatiquement.

L’irlandais prit alors son ton le plus doucereux pour ajouter, avant de partir :

— Seulement, Rogerson, pas d’équivoque entre nous. J’y tiens. Ce que je veux avant tout, vous m’entendez, j’espère, c’est de supprimer le meilleur champion de la cause française. À cette fin, je me sers d’une arme à deux tranchants, voilà tout. Ces grands orgueilleux, qui le sait mieux que vous ? sont plus fascinés qu’on ne le croit par les honneurs. D’autre part, je me dis que, congédié par les Aitkens Brothers, c’est pour le député de Russell la ruine. Or, il a des enfants. Donc, ou bien par ambition il acceptera d’être sénateur ; ou le souci des siens lui fera garder ses honoraires. Et c’est là tout mon stratagème. Il va de soi, n’est-ce pas, Rogerson, que je ne puis accepter de succéder à Lantagnac, que si lui-même m’y contraint par son entêtement. Car enfin, conclut l’Irlandais, avec la plus apparente sincérité, j’estime cet homme qui est estimable ; surtout j’aime beaucoup sa famille qui est la mienne. Et sa ruine est la dernière chose du monde que j’ambitionnerais.

— Je vous entends, je vous entends, répéta Rogerson, pourtant fort habitué aux malpropre-