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L’APPEL DE LA RACE

yeux fixés sur le mur, vers une énigme douloureuse. Voyez Wolfred et Nellie, continua-t-il : tous deux nous menacent déjà d’un mariage mixte. Qui nous assure alors que leurs enfants échapperont au sort commun ? Ah ! souvent, je te le confie, ma chère Maud, cette crainte empoisonne mes pensées.

— Mais, mon pauvre ami, riposta un peu vivement Maud, que la force des objections à résoudre ravivait, l’auraient-il mieux conservée leur foi, dans votre société de catholiques canadiens-français ? Cette société, je vous ai entendue la juger quelquefois. Vos jugements étaient bien sévères.

— Ne le sais-je pas ? répondit-il. Le catholicisme ne confère rien d’un brevet d’impeccabilité, mon amie. Mais aujourd’hui, nous parlons surtout d’une atmosphère, n’est-ce pas ? Et alors vous me le concéderez : la vraie foi a plus de chances de subsister là où elle a déjà pleine possession d’état, là où elle se défend derrière le rempart de la langue, là où elle s’encadre dans un ensemble de rites, de traditions qui se perpétuent admirablement parmi les miens, que même les familles les plus légères, et c’est le petit nombre, n’arrivent pas toujours à perdre.

Maud poussa un long soupir. Elle venait d’éprouver trop fortement la faiblesse de ses raisons. Mais aussi elle sentait en elle-même s’agiter un flot de sentiments qui n’abdiquaient pas, qui la poussaient violemment à se révolter.