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PRÉPARATIFS DE BATAILLE

ce soir-là, ils avaient échangée tous deux sur la terrasse québecquoise. Il lui avait dit :

— « Vous savez, mes parents sont morts pour moi, Maud ; vous êtes toute ma parenté et toute ma vie ».

Elle lui avait répondu :

— « Jules, ma conversion me sépare fatalement des miens. On la tolère, mais au fond on ne me la pardonne pas. Je n’ai plus que vous, mais pour moi vous serez tout ».

Au souvenir de ces promesses échangées, l’abandon où il semblait prêt à laisser sa femme, le fit souffrir comme un remords. Il sentit bruire dans son coeur ce sentiment qu’il avait appréhendé, au début de leurs premiers froissements. Maintenant que Maud était devenue franchement malheureuse, il se reprenait à l’aimer plus fort, non pas peut-être de l’amour tendre qui avait enchanté les premiers temps de leurs fiançailles, mais d’une affection plus inquiétante pour ses résolutions. C’était proprement, il le sentait bien, un amour chevaleresque où entraient une grande pitié pour la faiblesse et surtout la volonté de la défendre contre le malheur. Il se pencha vers celle qui sanglotait. De sa voix la plus chaude il lui parla :

— Maud, lui dit-il, Maud, ne pleurez plus. Pourquoi ce chagrin quand vous ne savez pas encore ce que je ferai ? J’aurais dû vous le dire tout-à-l’heure : je veux faire mon devoir le 11, mais je ne sais pas encore ce qu’il me comman-