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L’APPEL DE LA RACE

nements. Leurs prévisions dépassaient même ces perspectives. Qui sait si l’avenir, à la suite du réveil irlandais provoqué dans toutes les colonies par l’oppression de l’Irlande, qui sait si l’avenir ne verrait pas se constituer au Canada une alliance des Canadiens français et des Irlandais ? D’ailleurs, pour amoraux que soient les politiciens dans leur vie publique, une intuition qui leur est propre leur enseigne la vertu subsistante des idées morales parmi le peuple. Ils savent que faire des persécutés est à la longue un jeu dangereux. Ils ont cette prescience ou, du moins, cette habileté de faire à leurs pires projets une façade d’honnêteté. Plus qu’ailleurs, peut-être, ces mœurs prévalent dans les Chambres d’esprit anglo-saxon où une espèce de bienséance aristocratique, de pruderie puritaine, se perpétue dans les procédés législatifs, tout comme les vieilles cérémonies désuètes de la vie parlementaire. Une anxiété non moindre, quoiqu’inspirée par d’autres motifs, régnait parmi les chefs de la résistance ontarienne. Un soir que le sénateur Landry en causait avec le Père Fabien, le sénateur demanda à l’oblat :

— Avez-vous des nouvelles de Lantagnac ?

— Aucune ; mais j’en aurai bientôt. Je sais qu’il doit venir aujourd’hui ou demain ; il s’est fait annoncer par l’un de nos Pères.

— Je crains fort, avait repris le sénateur, que les nouvelles ne soient mauvaises. On fait contre lui un vacarme d’enfer chez les Fletcher.