Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/185

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À LA RECHERCHE DU DEVOIR

Sa femme s’en mêle et, franchement, je crois ce pauvre Lantagnac dans une terrible impasse. Toujours confiant, et par besoin de croire au succès, le Père Fabien avait cherché tout de suite des raisons de se rassurer lui-même et de rassurer le sénateur. Il avait donc ajouté, en homme sûr de son affaire :

— N’ayez crainte, sénateur ; l’homme qui, pour garder l’indépendance de sa parole, a jeté ses vingt mille piastres à la tête des Aitkens Brothers, sera bien capable d’autres sacrifices.

— Mais, précisément, avait répliqué le sénateur ; je me demande ce que l’on peut bien encore exiger de la part d’un homme qui vient de consentir un tel sacrifice. Ce serait tout de même malheureux, vous l’avouerez, que, dans ce grand débat, la voix de l’Ontario français restât muette. Voyez-vous tout le parti que nos ennemis ne manqueront pas de tirer de ce silence ! L’abstention de Lantagnac aura aussi, je l’appréhende, un effet désastreux sur nos gens. « A quoi bon tant nous démener ? » diront quelques-uns, « si les chefs ne payent pas de leur personne » ? Enfin, mon Père, avait encore ajouté le sénateur, je suis inquiet pour l’avenir politique de Lantagnac. Après le malheureux incident du Loyola, son abstention ne va-t-elle pas autoriser contre lui les plus sévères hypothèses ?

— Oh ! mais voilà du nouveau ! s’était écrié le Père Fabien ; le sénateur qui a maintenant des idées noires !