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L'APPEL DE LA RACE

Et le visage du religieux s’illumina soudainement, comme si la clarté de la haute doctrine qu’il allait énoncer l’eut environné.

— Lantagnac, dit-il, votre esprit est habitué à ces problèmes ; suivez-moi bien. Reine des vertus morales, la prudence chrétienne, comme l’entend la doctrine catholique, est d’abord une haute perfection intellectuelle. Elle est dans l’esprit — comment dirai-je ? — le grand réflecteur qui projette sa lumière sur tous les actes de la vie pratique. Car tout homme qui veut agir en homme et, à plus forte raison, en chrétien, doit d’abord, vous l’admettrez, soumettre ses actes à la règle de la vérité. Mais pour appliquer cette vérité, il faut la connaître, dites-vous ? Parfaitement. Et voici où intervient la prudence qui implique, qui fournit la connaissance des principes éternels. Voyez, en effet, comment se comporte l’homme de la prudence : avant d’agir il fait en premier lieu une sorte d’appel spontané aux principes de sa foi, aux règles souveraines de la philosophie morale. C’est son geste initial. Mais la prudence ne demeure pas dans l’abstraction. Sa science est une science d’application ; à la connaissance des principes universels, spéculatifs, elle joint, par sa propre vertu, la connaissance expérimentale des objets particuliers. Bien. Voilà l’homme armé de la double connaissance du spéculatif et du pratique. Que lui reste-il à faire ? Il confronte l’un avec l’autre ; il mesure dans quelle proportion ie principe universel s’applique