Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/199

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À LA RECHERCHE DU DEVOIR

à l’objet ou à l’acte particulier ; alors sa conscience s’allume, devient claire : il n’a plus qu’à obéir au commandement de la vérité… Vous souriez, Lantagnac ?

— Et il y a de quoi ! répondit l’autre. Certes, votre doctrine, mon cher Père, est d’une belle cohérence ; mais elle s’apparente étrangement à celle des doctrinaires de l’opportunisme.

— Vous croyez ? fit le religieux.

— Mais absolument, continua Lantagnac. Que prétendent-ils autre chose, ces Messieurs, sinon composer entre l’absolu et le relatif, l’universel et le particulier ? Comme vous, mon cher Père, ils prétendent que le fait particulier ne souffre pas toujours l’application de la vérité universelle. Donc ils sacrifient cette dernière aux « contingences » ou, comme ils disent encore, aux exigences de la vie pratique.

— Vous dites bien, Lantagnac, rétorqua tout de suite le Père Fabien ; ils « sacrifient » la vérité universelle ; et c’est là le crime irrémissible de leur doctrine. Ce que je soutiens, moi, à l’encontre de ceux-là, c’est que la prudence ne sacrifie jamais la vérité.

Et le religieux se mit à parler avec véhémence, en champion provoqué qui venge la vérité offensée :

— Sans doute, disait-il, la prudence n’est pas l’absolutisme qui, lui, s’attache aveuglément au principe et fait fi de la réalité ; elle est encore moins l’opportunisme qui fait fi de la vérité. Car